samedi 24 janvier 2015

CHAPITRE IV : LE MASQUE TOMBE

     

             Il était déjà treize heures. Le soleil brillait intensément dans le ciel de Séoul, la vie affluait dans les rues. Tout le monde semblait heureux, insouciant...sauf deux jeunes filles, assises sur le lit d'un hôtel, le visage décomposé. Leurs rideaux étaient fermés, leur porte cadenassée, leurs esprits embué.

- Ecoute, je ne vais pas réussir à supporter de rester une heure de plus dans cette pièce, dit Yvonne avec un regard qui en disait long.
- Je sais...mais c'est trop risqué de sortir...on risque de recevoir davantage de mots de menaces ou pire, être carrément frappées !

Yvonne se mordit la lèvre inférieure et se leva d'un bond. Elle mit un pull noir muni d'une capuche, sa veste et chaussa ses converses.

- Je m'en fous ! J'en ai marre d'être considérée limite comme une criminelle alors que tout ça n'est qu'un tissu de mensonge ! Plus on se cachera, plus les rumeurs prendront de l'ampleur et crois-moi, c'est la pire chose qui puisse arriver.

Majda se leva aussi, et rattrapa Yvonne au bras

- Yvonne écoute-moi, nous sommes les seules à savoir que nous sommes innocentes, et peut-être Jang geun suk...mais personne ne nous croit. Je sais que c'est injuste mais il faut que tu te fasses une raison...il faut que nous supportions encore de rester confinées jusqu'à notre départ...

Yvonne s'arracha de la prise de Majda, et la regarda avec hargne

- Laisse-moi tranquille ! Tu n'as qu'à rester enfermer jusqu'à la fin de tes vacances, fais ce que tu veux ! Moi, je me laisserai pas faire.

Et ce fut sur ces dernières paroles qu'elle partit, en ne manquant pas de claquer la porte avec fracas.
Majda se retourna et tapa dans la chaise du bureau. La source de sa contrariété n'était pas le comportement d'Yvonne, mais plutôt l'inquiétude de ce qui pourraiait lui arriver.


*


Yvonne avait levé la voix sur Majda, et se sentait mal. C'était la première fois qu'elles se disputait aussi violemment...mais son tempérament était plus fort. 
Maintenant qu'elle était dehors, elle ne savait pas quoi faire...en fait, elle se sentait vraiment idiote. Son but était de sortir, mais pourquoi ? Elle voulait régler cette injustice..mais comment ? Il est vrai qu'elle ne supportait pas l'idée de rester les bras croisés, mais maintenant qu'elle était vulnérable, elle n'avait aucune idée d'où aller. Elle s'empressa donc de mettre sa capuche, et enfonça ses mains dans les poches.
Le soleil tapait fort, les gens riaient. Les filles portaient de courtes jupes, les garçons des bermudas. Yvonne, quant à elle, était en jeans et en pull à capuche...comment ne pas attirer l'attention ?
C'est alors qu'un groupe de lycéens arriva en trombe, ils étaient en train de se pousser entre eux en rigolant quand soudain, l'un d'eux heurta Yvonne, et tous deux finirent par terre.

- Ah heu, excusez-moi.. je.. balbutia-t-il

Il finit par croiser le regard d'Yvonne, et sa bouche s'ouvrit avant de s'exclamer

- Hey ! Les gars ! C'est l'une des étrangères qui est passée à la télé pour avoir prit en photo Jang geun suk bourré !

Le groupe se rapprocha, et forma un cercle autour d'elle. Yvonne remit sa capuche sur la tête et voulu s'enfuir, mais le chahut permit aux curieux aux alentours de se rapprocher, certains prirent des photos, d'autres chuchotèrent entre eux.
Au comble du désespoir, Yvonne poussa l'un d'entre eux et prit ses jambes à son cou. Elle ne pensait pas pouvoir courir aussi vite, mais la détresse était à présent son adrénaline, son produit dopant. 
Bien que la foule qui la suivait s'agrandissait, Yvonne prenait de la vitesse et rentra dans une ruelle afin de les semer dans des recoins tortueux. C'était risqué, elle ne connaissait pas du tout l'endroit, mais c'était la seule solution qui s'offrait à elle.
C'est à ce point de réflexion même que le pire arriva : un immense mur était dressé devant elle. Elle était prit au piège. Les pas de courses se rapprochèrent. Son cœur battait la chamade.

Elle ferma les yeux et se couvrit les oreilles de ses mains.

D'un coup, elle sentit quelque chose l'empoignée, et ses pieds décollèrent du béton. Tout se passa tellement vite qu'elle n'eut pas le temps de comprendre quoi que ce soit et se retrouva dans un sorte de cagibi, où des balaies et des torchons s'entassaient partout.

Les poursuivants se retrouvèrent dans l'impasse, aucune étrangère en vue...sauf un homme, adossé à une porte en fer, cigarette au bec. Il prit le temps de tirer longuement sur celle-ci, avant de la jeter et de l'écraser.

- Si vous cherchez une gamine en train de courir comme une folle, elle est partit par là, dit-il d'une voix monocorde.

Son doigt pointa la direction opposé, et les poursuivants rebroussèrent chemin.
L'homme attendit un instant, avant de se retourner, d'ouvrir la porte en fer, et de la fermer doucement derrière lui.

Yvonne se retourna en entendant une porte en fer s'ouvrir, et vit l'homme qui venait de la sauver de justesse. Il était plutôt petit et gringalet. Ses cheveux étaient blonds, mais les racines noires avaient déjà prit de l'importance. Il n'avait pas l'air bien méchant, mais sa moustache lui donnait un air respectable et légèrement hautain.
Il prit le temps d'enlever quelques éclaboussures de boue sur le bas de son pantalon, à l'aide d'un mouchoir qu'il avait préalablement mouillé avec sa salive.
Yvonne ne dit rien, elle se contenta de l'observer.

- Bon, je me présente. Je suis le manager de Jang geun suk, j'imagine que tu le connais bien étant donné que tu la rencontré "par hasard" (il accompagna ces derniers mots par le geste des doigts qui signifiaient entre guillemets). 
- Je...
- J'ai pas fini, coupa-t-il. Ecoute-moi bien, à la base je suis venu dans le but de te chercher toi et ton amie afin que vous supprimiez les photos et surtout, que vous vous excusiez auprès de Jang.

Yvonne le regarda d'un air hébété. Elle cligna deux fois des yeux, et semblait réfléchir.
L'homme la regarda fixement, il attendait certainement une réaction de sa part, mais elle se contenta juste de lui rendre son regard.

- Dans tout les cas, tu vas me suivre.

Il lui empoigna la manche sans ménagement, ouvra la porte, et la traîna vers la sortie. Une grande voiture noire était garée, et l'immense porte béante s'ouvrit comme si elle n'attendait qu'eux.
Yvonne finit par se débattre pour échapper à l'emprise de l'homme, mais ce dernier sortit un mouchoir de sa poche, avant de le lui mettre de force sur le nez. Avant qu'elle ne perdit connaissance, Yvonne se demandait ce qu'il lui voulait : elle n'avait rien compris...elle connaissait peut être les bases de coréen, mais le langage courant était tout autre chose !


*


La voiture les déposa devant une immense demeure, qui ressemblait à un château. Elle s'élevait tellement en hauteur, que le sommet semblait se perdre dans les nuages. L'homme sortit de la voiture avec dans ses bras, une Yvonne complètement inconsciente.
Cela aurait pu être une scène plutôt épique, mise à part qu'Yvonne avait la bouche grande ouverte, et l'homme le front en sueur et le visage rougit par l'effort.
Ils rentrèrent dans ce château qui n'en était pas un, et l'homme déposa la jeune fille sur un grand canapé en cuir. Elle semblait encore profondément endormie, et cela suffit à apaiser l'homme qui ne rêvait plus que de se laver le visage, et surtout, se descendre une bonne bouteille de Soju.
Au même moment, une immense limousine blanche s'arrêta devant la même demeure, et c'est un Jang Geun Suk qui en sortit, la démarche sure et les lunettes bien installées sur son nez. Arrivé à l'intérieur, il jeta sa veste clinquante par terre, avant de se diriger vers le fauteuil pour s'étaler...mais avant même qu'il eut le temps de s'asseoir, il vit une jeune fille inconsciente, gisant dans une position plutôt comique sur son canapé.

- Go minh nam ! Cria-t-il de toute ses forces.

Le manager accouru dans la salle, un regard affolé sur son visage, et eut juste le temps de se nettoyer la bouche à l'aide de sa manche.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Dit Jang geun suk

Le manager sourit, et dit d'un air confiant, en haussant fièrement le menton

- Ça monsieur, c'est le fruit de mon travail ! J'ai ramené celle qui vous a rendu la vie difficile afin que vous pussiez régler cela avec elle. Je lui ai même demandé de vous faire ses plus plates excuses.

Jang geun suk regarda la fille, avant de glisser à nouveau son regard sur le gros lourdaud qui était supposé être son manager. Ce dernier exhibait un immense sourire qui déformait son visage, paraissant déjà au naturel assez grotesque.
A ce moment là, un bruit se fit entendre. Un sorte de mugissement venait de la jeune fille sur le canapé. Ses paupières s'ouvrirent lentement, avant de reprendre totalement connaissance, et de se lever d'un geste furibond. Elle avait pleinement recouvert ses esprits, et toisait à présent les deux hommes en face d'elle.
Jang geun suk s'approcha d'elle et inclina légèrement la tête, comme si il s'agissait d'un animal de foire.

- Espèce de salaud !

Jang recula, et la toisa. Il ne semblait pas offensé le moins du monde... ou peut être, ne comprit-il juste pas la signification de ces mots.

- Do you speak english ? Lança-t-il
- Y..yes, répondit-elle, d'une voix mal assurée.
- Alors comme ça c'est toi la gamine qui m'a donné tellement de fil à retordre ?
- Non ! C'est faux ! Et vous le savez !

Jang parut surpris, et continua sur sa lancée

- Je ne me rappelle de rien.
- Ah bon ? Tiens, je me demande pourquoi vous m'avez dit que vous étiez content de vous faire sauver ?
- Je n'ai jamais rien dis de tel ! S'emporta-t-il ! Je n'ai même rien dit !

Silence. Il comprit qu'il venait de se faire duper.

Cette fois-ci, Yvonne émit un léger rictus de fierté en le regardant bien dans les yeux. Jang, quant à lui, était encore interloqué par cette rapidité et cette perspicacité. Il s'était fait avoir si facilement.
Evidemment, il savait la vérité. Il savait que les deux filles étaient en train de l'aider, et non de le prendre en photo... mais justement, ça pouvait lui faciliter la vie. Il pouvait utiliser cet incident comme excuse pour prendre de longues vacances ou mieux - se retirer de la scène. Voilà ce qu'il désirait à présent, quitter le monde du show business en toute humilité, sans qu'on le prenne pour un lâche. Mais oui, c'était la victime, et cet accroc l'aiderai à parvenir à ses fins.

- Je resterai ici jusqu'à que vous révéliez la vérité aux médias, annonça Yvonne, tout en croisant les bras.

Jang avait besoin des filles, il avait besoin de leurs fausses confessions afin de pouvoir prétendre au retirement. Mais pour ça, elles allaient devoir coopérer.
Ça, c'était une autre paire de manche, pensait-il...mais ce ne sont que deux idiotes qui vont tout de suite accepter ma proposition, car après tout ; je suis le fameux Jang geun Suk, non ?




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